⁕ Littérature

« Camarade Papa » de Gauz

Lecture de février 2021 ➡

Attila éditions – 192 pages – Broché –

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Dernier des cinq récits pour le #prixétrangeslectures auquel j’ai participé par le biais de la bibliothèque de Saint Geyrac.

Un roman à deux voix, la première est de Dabilly, un homme qui fuit la France et part pour la Côte-d’Ivoire, vers et autours de Grand-Bassam, où la colonisation de ces terres est en cours entre les Anglais et les Français. On découvre un regard poétique sur l’environnement.

Au début :

« Sept rouleaux de brisants, crête aux vents, écument la rage en se frappant la tête sur la plage. À l’instant où la première vague s’étale en auréole sur la dorure du sable, une autre au large s’enroule et gronde aussi fort que ses devancières. Leur cycle de vie est court. Quand la dépouille de la première se retire, la deuxième est déjà prête à s’écraser. Le cumul de ces deux vagues contraires se fracasse avant de faire demi-tour vers le large… »

Une description noté sur un carnet sur la vie et les personnages rencontrés, les rites et légendes :

« Ce matin du 5 septembre 1893, la plage est bondée plus que de coutume. Les corps et les esprits sont tendus par un enjeu nouveau. Depuis quelques mois, cette côte est française, et avec elle tout ce qui vit et gît jusqu’au 10e parallèle, plus de six cent kilomètres au nord. »

Cette narration sera entre coupée avec l’histoire de « Anouman, l’homme oiseau, mon prénom de Maman« , un jeune garçon, en admiration devant son père « Camarade Papa« , qui sera balloté entre Amsterdam, la France et la Côte-d’Ivoire.

De nos jours :

« Dans le wagon, Camarade Papa parle fort. Personne ne se plaint. Il parle en français. Les gens tolèrent les bavardages dans une langue qu’ils ne comprennent pas. À la maison, Maman me parle le néerlandais de l’école, Camarade Papa le français de la révolution… »

Son histoire est captivante, son phrasé atypique, avec de beaux jeux de mots et un certain humour. De situations cocasses, en découvertes avec les yeux de cet enfant, rend le récit d’une sensibilité émotionnelle rare.

« Elle me triste, Yolanda, à regarder ailleurs le jour de mon premier voyage. Quand Camarade Papa et moi sommes au niveau de Oude Kerk, la paroisse du quartier, Yolanda me crie. En tenue de bisous, elle court dans la rue. c’est interdit à toutes les travailleuses de bisou de faire le gigot dehors des vitrines… »

Ensuite le résumé vous en dira un peu plus sur ces deux parcelles de vies… Un roman d’excellence autant dans l’histoire que dans l’écriture et les faits. Une très belle découverte que je garderais en mémoire.

Et pour finir avec ce Prix Étranges Lectures il y aura trois romans qui m’auront beaucoup plus, et les deux autres qui ne me laisseront pas de souvenirs exaltants. Je remercie Marie-José qui s’occupe de la bibliothèque de Saint Geyrac pour m’avoir donnée l’opportunité de participer à ce challenge.

✅ Présentation

Amsterdam, de nos jours. Un enfant immigré est élevé par des parents communistes, tendance Kim-il-Sung. Sa vision du monde en porte la marque. Son vocabulaire, aussi. Et comme Momo, le héros de La Vie devant soi, il ne mâche pas ses mots.

Un jour, ses parents l’envoient en Afrique retrouver sa grand-mère maternelle et ses racines. Il est en quelque sorte « en mission » : observer le monde post-colonial tout en restant fidèle, au milieu des torsions idéologiques, à l’enseignement révolutionnaire reçu dans son enfance.

Sur place, il croise les traces – et les archives – d’un de ses ancêtres. Jeune homme de 17 ans, Dabilly a fuit en 1880 la France et une carrière toute tracée à l’usine pour tenter l’aventure coloniale. Dans une « côte de l’Ivoire » désertée par l’armée française, il fait la connaissance d’hommes atypiques, dirigeants de maisons de commerce, qui négocient avec les tribus africaines, contre les Anglais, pour établir de nouveaux comptoirs et faire fructifier les échanges.

Au fur et à mesure qu’ils progressent à l’intérieur des terres, ces hommes découvrent un pays preque inexploré, avec ses légendes, ses pactes, ses rituels, ses codes amoureux… Au milieu de ces mystères, la lutte entre les aventuriers et les administrateurs coloniaux, contribue à façonner l’histoire.

Le regard humain et décalé de Gauz fait vivre des personnages tout en contrastes, habités par une lumière solaire, qui ne se soucièrent jamais d’occuper le devant de la scène. Une chronique ethnologique pétrie de tendresse et d’humour.

✅ L’auteur

Après avoir été diplômé en biochimie et (un temps) sans-papiers, Gauz réalise des photos, des documentaires, des émissions littéraires et des articles économiques satiriques en Côte-d’Ivoire. Depuis que le succès de son premier roman, Debout Payé (50 000 exemplaires en grand format), vedette de la rentrée 2014, l’a propulsé sur le devant de la scène, il part la moitié de l’année se recueillir à Grand-Bassam, première capitale coloniale de la Côte d’Ivoire, où démarre le présent roman.

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